LA FRANCE DOIT-ELLE SORTIR DU NUCLÉAIRE ?

Aujourd’hui, l’énergie nucléaire représente un peu plus de 10% de la production d’électricité dans le monde¹. En France, après le choc pétrolier de 1973, le gouvernement français prit la décision d’investir massivement dans cette énergie (plan Messmer²) et aujourd’hui, les trois quarts de l’électricité produite en France viennent des 58 réacteurs nucléaires présents sur le territoire.

Malgré un parc français efficace et sécurisé construit en un temps record, le nucléaire fait débat dans le pays. Alors que des pays développés comme l’Allemagne ou la Belgique ont entamé un processus de dénucléarisation, la tendance mondiale est à l’investissement dans cette énergie. La Chine et la Russie ont par exemple fortement développé leur programme nucléaire avec respectivement 20 et 9 réacteurs actuellement en construction et 28 et 26 de prévus dans le futur.

Le fonctionnement d’une centrale nucléaire

L’électricité est générée via un alternateur mis en rotation. Plusieurs moyens sont utilisés par l’homme pour produire ce mouvement : le vent, les mouvements de l’eau, la vapeur d’eau (pour ces deux derniers, on utilise de la chaleur créée par combustion de charbon, gaz ou pétrole, ou par la fission nucléaire).

Le principe de fonctionnement d’une centrale nucléaire est similaire à celui d’une centrale thermique (gaz, charbon, pétrole) : on utilise de la chaleur issue de la combustion des ressources pour entraîner des turbines, générant alors un courant électrique. Pour produire la chaleur, les centrales nucléaires utilisent l’énergie dégagée par les fissions de noyaux d’Uranium³. Les réactions de fission en chaine libèrent de l’énergie ainsi que des produits hautement radioactifs.

La radioactivité

La radioactivité est un phénomène naturel : après la transformation d’un atome instable, un rayonnement est émis, c’est ce qu’on appelle la radioactivité. A chaque seconde, le corps humain est soumis à des rayonnements radioactifs issus de la désintégration d’atomes présents dans la nature (dans les sols, les aliments, …). En faible quantité, ces rayonnements sont inoffensifs pour l’homme.

La désintégration de l’uranium provoque une succession de désintégrations d’atomes instables, émettant au fil du temps des rayonnements radioactifs de grande intensité dépassant parfois le seuil de sécurité pour l’homme. La manipulation du nucléaire doit donc être totalement maîtrisée pour pouvoir garantir la sécurité des populations.

Le lien souvent fait entre radioactivité et nucléaire peut porter à confusion et alimente le débat autour du nucléaire. D’après le programme des Nations-Unies pour l’environnement, en moyenne, seulement 20% de notre exposition aux radiations proviennent de sources artificielles (dont le nucléaire fait partie, au même titre que la radiologie par exemple)⁴. D’après l’agence internationale de l’énergie atomique (IAEA), notre exposition à la radioactivité due au nucléaire est même insignifiante⁵ :

Exposition de l’Homme à la radioactivité (mSv/an) en France.
Source: L’agence international de l’énergie atomique (IAEA).

L’UNSCEAR (United-Nation Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) estime que pour une exposition inférieure à des rayonnements de 100 mSv – une exposition naturelle n’étant que de quelques millisieverts – les effets sanitaires seraient minimes. Ainsi, pour l’exploitation de l’énergie nucléaire, seul un accident au sein d’une centrale pourrait présenter un risque important.

Les déchets nucléaires

Comme pour tous les types d’énergie, l’exploitation du nucléaire produit des déchets. Cependant, contrairement à ce que nous pourrions penser, le nucléaire en produit moins que les autres sources d’énergies.

Déchets produits par type d’énergie. Source: S.M. Rashad, F.H. Hammad⁶.

Tout comme les énergies renouvelables, le nucléaire n’émet que très peu de CO2 par rapport à l’exploitation de ressources fossiles. Cependant, les centrales nucléaires produisent des déchets radioactifs. Ces déchets sont classifiés en fonction de leur rayonnement et de leur durée de vie (lorsque les radiations émises sont plus importantes que les radiations dues à la radioactivité naturelle) en trois catégories :

Déchets A : Ils émettent peu de rayonnements et ont une durée de vie courte (à l’échelle de la radioactivité) : au bout de 300 ans, on considère que ces déchets ne représentent plus de danger pour l’homme (radioactivité de l’ordre de la radioactivité naturelle). Ce sont les vêtements et accessoires utilisés par les techniciens dans les centrales nucléaires (combinaisons, chiffons…).

Déchets B : Déchets faiblement ou moyennement radioactifs mais ayant une durée de vie beaucoup plus longue que les déchets A (des milliers d’années). Ils correspondent entre autre aux matériaux composant la centrale (gaines entourant le combustibles).

Déchets C : Ces déchets sont hautement radioactifs et ont une durée de vie très longue (des centaines de milliers d’années). Ils proviennent des combustibles usés.

Le traitement des déchets

Les différentes catégories de déchets radioactifs ne subissent pas les mêmes traitements, cela dépend de leur durée de vie et de la puissance de leur rayonnement.

Les déchets A sont confiés à des entreprises spécialisées (comme l’ANDRA, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui les conditionnent dans des fûts avec du béton. Ces fûts sont ensuite envoyés dans le centre de stockage de l’Aube où sont entreposés tous les déchets radioactifs de courte durée de vie. Avant 1973, ces déchets étaient parfois jetés dans la mer, mais cette pratique est interdite aujourd’hui.⁷

Les déchets B sont envoyés au centre de Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, pour être entreposés dans des fûts en acier.

Les déchets issus de l’uranium consommé (déchets C) sont d’abord stockés dans des piscines pour être refroidis (après utilisation, ces déchets ont une température moyenne de 350°C, ils doivent refroidir en piscine pendant plusieurs dizaines d’années pour atteindre une température de 90°C)⁸. Ils sont ensuite envoyés à l’usine de retraitement de la Hague : 96% du combustible peuvent être récupérés (plutonium, uranium non consommé). Un mélange plutonium/uranium est créé (appelé le mox) qui peut à son tour être utilisé comme combustible nucléaire. Les 4% restants sont mélangés avec du verre fondu à 1000°C pour être vitrifiés et conditionnés dans des fûts en acier.

L’entreposage de ces derniers pose problème à cause de leur longue durée de vie et de leur haute radioactivité. Aujourd’hui, ils sont stockés à Bure, dans la Meuse (en surface ou à 12 mètres de profondeur). Un projet d’enfouissement à 500 mètres de profondeur sur le site de Bure appelé CIGEO est en cours, l’enfouissement devrait commencer en 2035. L’investissement de 25 milliards d’euros dans ce projet engendrera une augmentation des coûts de production de l’électricité d’environs 1 à 2 %⁹.

Protégés par la couche d’argile terrestre, les déchets pourraient remonter à la surface de la Terre dans près de 250 000 ans, sous forme dispersée et ayant un rayonnement radioactif minime (plus faible que celui de l’atmosphère).

Ce projet prévoit une période de 100 ans pour revenir en arrière : pendant 100 ans après l’enfouissement, nous pourrons récupérer les déchets si une meilleure solution est trouvée.

Les risques du nucléaire

L’industrie du nucléaire est à l’origine de déchets hautement radioactifs que nous ne savons pas traiter totalement, et qui représentent un réel danger pour l’homme. Cependant, les risques pour la santé liés à l’exploitation nucléaire sont souvent surestimés et les chiffres mal interprétés. Prenons l’exemple des principales catastrophes nucléaires pour faire le point :

TCHERNOBYL

En 1986, l’augmentation incontrôlée de la puissance d’un réacteur de la centrale provoque une explosion spectaculaire détruisant le toit en béton surplombant le réacteur et libérant de grandes quantités de particules radioactives dans l’environnement. Cet accident est considéré comme l’un des plus grave de l’industrie nucléaire. Aujourd’hui, nous connaissons pleinement les dégâts humains provoqués par l’accident.

En l’espace de quelques semaines, 30 employés de la centrale sont décédés et 134 employés ont été blessés par irradiation¹⁰. Après l’accident, des centaines de milliers de personnes ont été évacuées des zones voisines du réacteur. L’accident a eu de graves conséquences sociales et psychologiques et a provoqué des pertes économiques majeures dans toute la région.

Les dégâts sanitaires causés par les radiations ne s’arrêtent pas là : des cancers tels que la leucémie ou la thyroïde (qui touche les enfants) peuvent apparaître plusieurs années après l’exposition aux radiations. Pour estimer les dégâts causés par la radioactivité, on doit prendre en compte le nombre de morts prématurés (étude statistique) à cause d’émissions de particules fines radioactives, mais cela est loin d’être chose facile (du fait qu’il existe de toute façon des cancers dans la population hors nucléaire). Le rapport de l’UNSCEAR (United Nation of Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) offre une approche scientifique sur les dégâts humain causés par l’accident de Tchernobyl et montre en autre que ces dégâts seraient bien inférieurs aux chiffres annoncés par les médias de l’époque¹¹. En effet, en moyenne, les doses de radiations relevées sur les personnes évacuées, sur les habitants dans des zones contaminées et sur les habitants européens étaient respectivement de 31 mSv, 9 mSv et 1,3 mSv, alors que les médias annonçaient jusqu’à 100 mSv.

Bien sûr, certaines personnes furent exposées à des doses bien plus élevées. C’est le cas des liquidateurs (techniciens et pompiers intervenant pour refroidir les réacteurs) qui ont effectué un travail remarquable : sans eux, les dégâts auraient pu être beaucoup plus graves. Ces travailleurs ont malheureusement reçu des doses moyennes supérieures à 100 mSv et sont encore aujourd’hui régulièrement examinés¹².

FUKUSHIMA DAIICHI

En 2011, un séisme suivi d’un tsunami provoqua l’accident nucléaire le plus important ces dernières années : celui de la centrale de Fukushima Daiichi.

Environs 20 000 morts ont été déclarés suite au tsunami, et seulement suite au tsunami. En effet, aucun mort n’a été attribué à l’accident nucléaire. Il y a cependant bien eu des rejets de matières radioactives et de nombreuses personnes ont été irradiées.

Après l’accident, un programme d’étude épidémiologique et de suivi sanitaire a été mis en place par les autorités sanitaires japonaises. Son objectif était d’évaluer l’état de santé des personnes exposées aux émissions radioactives et de suivre son évolution au cours du temps.

Tout d’abord, d’après l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), seules 15 personnes (soit 0,003% des personnes évaluées) ont reçu des doses d’émissions radioactives supérieures à 15 mSv et seulement deux personnes ont reçut des doses supérieur à 100mSv¹³. Dans cette même étude, des enfants exposés aux rejets radioactifs ont été suivis pour prévenir d’éventuels cancers de la thyroïde (au delà de 20 ans la thyroïde ne retient pas l’iode, éléments issue du nucléaire). D’après l’étude, lors de la seconde campagne, 0.03% des enfants examinés présentaient des tumeurs. En moyenne dans le monde, 0.03% des jeunes sont atteints de cancer de la thyroïde avant leur majorité. Ainsi, il est impossible d’affirmer que l’accident de Fukushima Daiichi eu le moindre impact sur le nombre de cancers pour la population présente à Fukushima lors de l’accident. Ce constat a été confirmé par les docteurs de la ligue contre le cancer : “aucune augmentation des cancers cliniques de la thyroïde n’a été observée dans les populations contaminées à un âge inférieur à 18 ans”¹⁴.

Nombre de morts prématurés par année et par type de centrale – 1996 (après Tchernobyl et avant Fukushima). Sources: IAEA¹⁵.

Malgré ces chiffres rassurants, l’accident de Fukushima, tout comme celui de Tchernobyl, a nécessité le déplacement de centaines de milliers de personnes, provoquant la mort de 2200 personnes vulnérables (personnes âgées et suicides). La panique qui a suivi la catastrophe ainsi que la peur du nucléaire a provoqué beaucoup plus de morts que les rayonnements eux-mêmes.

Toute forme d’énergie n’est pas sans risques, et de nombreux chiffres peuvent le confirmer. En Europe seulement, il y aurait environs 23 000 morts prématurés à cause du charbon chaque année¹⁶ contre par exemple 4 000 décès en totalité attribués à l’accident de Tchernobyl selon l’IAEA¹⁷. En 1975, la rupture du barrage de Banqiao en Chine a provoqué la mort de 171 000 personnes (26 000 du fait de l’inondation et 145 000 durant les épidémies et la famine qui suivirent). Chaque énergie est critiquable, et aucune n’est à l’abris d’un accident. Il faut cependant relativiser sur les dangers du nucléaire.

Les accidents nucléaires sont des sujets mal connus du grand public et la surestimation des dégâts humains engendre beaucoup d’aprioris négatifs et de peur envers le nucléaire, quand la pollution de l’air due au transport routier ou le tabagisme passif entraînent un risque de mortalité plus élevé par exemple¹⁸.

La sûreté

Les installations nucléaires présentent des risques spécifiques car elles contiennent des produits radioactifs dangereux pour l’homme. Le risque zéro n’existe pas; cependant, le nucléaire reste plutôt sûr par rapport à d’autres sources d’énergie. Des américains vivant à proximité d’une centrale à charbon, par exemple, sont exposées à des doses de radioactivité supérieures à ceux vivant à proximité de centrales nucléaires (un peu d’uranium étant présent dans les cendres de charbon).

De nombreuses institutions (ASN, DSND, IRSN, ..) permettent de maintenir la sûreté des centrales nucléaires françaises¹⁹. Régulièrement, les prescriptions de sûreté sont mises à jour et prennent en compte tous les aspects de l’exploitation du nucléaire, de la conception des centrales à leur démantèlement, en passant par le transport des substances radioactives.

Un problème persiste cependant concernant la sûreté nucléaire: la sous-traitance. Lors d’arrêt de réacteurs nucléaires, les centrales sont nettoyées et les composants sont inspectés. Ce travail est généralement exécuté par des sous-traitants qui subissent des pressions sur la rentabilité de leur travail. Pour des questions économiques évidentes, ces manipulations doivent être faites le plus rapidement possible, et sont ainsi parfois bâclées, comme le témoignent certains employés²⁰.

Sécurité et terrorisme

La menace nucléaire terroriste n’est pas à prendre à la légère. Encore récemment,  à la suite des attentats terroristes en Belgique et en France des enquêteurs ont découvert une caméra installée par les terroristes en face du domicile du directeur du centre d’étude nucléaire belge. Ils surveillaient tous ses déplacements afin d’en tirer des informations²¹. La menace est donc bien réelle.

En 2017, le groupe Greenpeace réussit à s’introduire au sein de centrales nucléaires, montrant au grand public leurs failles flagrantes de sécurité²². De même, les convois transportant les déchets nucléaires (uranium, plutonium, …) sont très peu sécurisés.

Face à la multiplication d’attentats terroristes dans le monde, il est de la plus haute importance de sécuriser les exploitations nucléaires ainsi que les transports de déchets²³.

L’uranium disponible

Alors que la production mondiale d’électricité d’origine nucléaire augmente, la disponibilité des ressources d’uranium est un enjeu majeur.  

L’uranium, comme toute ressource fossile, est malheureusement en quantité limitée dans la nature. Environs 60 000 tonnes d’uranium sont extraites chaque année dans le monde, et la quasi-totalité est utilisée dans les centrales nucléaires. D’après l’OCDE, nous avons pour le moment 8 millions de tonnes d’uranium identifiées (dont 6 millions à un coût d’extraction raisonnable)²⁴, soit environ 130 années d’uranium pour le nombre actuel de centrales dans le monde. Avec les engagements politiques pris sur la baisse des émissions de CO2, l’uranium risque d’être de plus en plus convoité pour la production d’électricité, accentuant ainsi l’épuisement des réserves disponibles.

Ces réserves prouvées ne sont que celles issues des mines, mais il en existe encore une quantité incroyable en mer (4,5 milliards de tonnes). Des chercheurs japonais ont développé une technique d’extraction de l’uranium de l’eau de mer²⁵, et même si elle n’est pour le moment pas utilisée, cette méthode pourrait être prometteuse. Le coût d’extraction de l’uranium serait d’environ 300$ par kg²⁶, contre environ 20$ actuellement à partir de minerais. Cependant, le prix de l’uranium étant minime par rapport au coût de fabrication des centrales, une telle augmentation n’influencerait pas beaucoup le coût de l’énergie nucléaire.

Enfin, si l’uranium venait à disparaître, le thorium pourrait venir le remplacer. En effet, cette ressource a des propriétés similaires à l’uranium et pourrait servir pour la production d’énergie nucléaire.

La sortie du nucléaire

Le débat autour du nucléaire nous amène naturellement à nous demander s’il ne faudrait pas mieux arrêter ?

Avec une production électrique française à plus de 75% d’origine nucléaire, une sortie du nucléaire engendrerait d’importants changements sur l’approvisionnement électrique du pays. Plusieurs choix sont possibles : les énergies fossiles, les énergies renouvelables, ou un mix des deux.

Les énergies fossiles sont de par leur nature très émettrices de CO2 et limitées en quantité. Une substitution du nucléaire par des ressources fossiles serait non seulement non viable dans le temps, mais surtout un très mauvais choix pour l’environnement.

Les énergies renouvelables ne sont quant à elles pas ou très peu émettrices de CO2. Cependant, des matériaux rares, issus de ressources fossiles (donc limitées), sont nécessaires à leur production. De plus, on distingue deux types d’énergies renouvelables : les énergies intermittentes (éolien, panneaux photovoltaïques ou solaires) ou les énergies contrôlées (géothermie, énergie hydraulique, biomasse). Si nous souhaitons remplacer toute notre énergie nucléaire par des énergies renouvelables, un mix des deux devra être opéré.

Si la solution paraît simple sur le papier, le coût de production est un élément capital à prendre en compte. La figure ci-dessous récapitule l’ensemble des prix du MégaWattheure d’électricité par type de centrale :

Coût de l’électricité en fonction du type de centrale (€/MWh). Source: ADEME.²⁷

Grâce à ce graphique, on s’aperçoit facilement que le nucléaire offre de l’électricité à un prix très compétitif – même si le prix de l’électricité est très variable (par exemple, les éoliennes proches des côtes produiraient de l’électricité moins chère que le nucléaire). Le parc hydraulique français étant exploité à son maximum, seule la géothermie présente une solution moins chère pour remplacer le nucléaire. Cependant, cette technologie est à utiliser de manière raisonnée : une utilisation trop intensive des ressources pourrait entraîner l’épuisement des nappes chaudes.

Du point de vue de la santé, remplacer le nucléaire par d’autres sources d’énergie pourrait avoir un impact. En effet, d’après le projet NEEDS, qui évalue le coût des impacts de la production d’électricité sur la santé, la biodiversité, les pertes de rendement des cultures, les dommages matériels ainsi que l’utilisation des terres, le coût du nucléaire au kilowattheure par rapport aux autres énergies et réellement minime²⁸.

Aussi, l’énergie nucléaire a un avantage incomparable par rapport aux énergies renouvelables : elle est pilotable, c’est à dire que sa production est contrôlable pour s’adapter aux variations de la demande. Si on souhaitait remplacer le nucléaire par les nouvelles énergies renouvelables (utilisant le vent ou le soleil), on ferait face à des coûts supplémentaires de stockage. Le même problème se pose si l’on décidait de réduire la part du nucléaire dans notre consommation d’électricité : baisser la production dans les centrales et ne pas les utiliser au maximum de leur capacité augmenterait remarquablement le coût de l’électricité. Aujourd’hui, la France est compétitive en terme de prix du killowattheure du fait que sa production est majoritairement issue du nucléaire (une fois de plus, le nucléaire représente 75% de l’électricité en France).

Enfin, si nous sortions aujourd’hui du nucléaire, les déchets issus de l’exploitation des précédentes décennies resteraient présents et devraient toujours être retraités. La sortie du nucléaire en France n’est donc pas si simple…

Conclusion

Qu’on soit pour ou contre le nucléaire, il faut reconnaître qu’il possède de nombreux avantages. La France l’a bien compris, puisqu’il représente les trois quart de notre production d’électricité. Alors que les centrales nucléaires françaises sont en fin de vie, une question capitale se pose : Doit-on sortir du nucléaire ?

Comme toute énergie, le nucléaire présente des défauts. Les questions des déchets radioactifs, de la sûreté et de la sécurité nucléaire sont aujourd’hui d’actualité et alimentent le débat. Cependant, avant de critiquer cette ressource, il faut penser à tous ses aspects. Tous les points de vue sont importants : énergétique, environnemental, économique et sociale.

D’après les scientifiques, notre politique énergétique ne devrait pas prévoir de sortir du nucléaire, mais plutôt de réinvestir dans l’exploitation de l’uranium : les centrales dont la durée de vie était de 40 ans pourront surement continuer de fonctionner jusqu’à 60 ans²⁹. Notre principal combat aujourd’hui n’est pas le nucléaire mais bien les énergies fossiles, qui sont responsables en grande partie du dérèglement climatique. Malheureusement, remplacer le nucléaire uniquement par les nouvelles énergies renouvelables est une utopie, ne serait-ce qu’à cause du coût de celles-ci.

Malgré la demande croissante d’uranium dans les centrales (demande d’électricité en augmentation constante, diminution de la production électrique à base d’énergie fossile, …), cette ressource est encore abondante sur Terre (et notamment dans les océans). Bien sûr, à plus long terme, le problème des ressources devra se poser.

Le nucléaire n’est pas une solution idéale, ce n’est pas la réponse parfaite. Il serait possible de réduire voire d’arrêter la production nucléaire en France, mais si le pays veut réduire son empreinte écologique et respecter ses engagements en matière de développement durable, le nucléaire est notre meilleur atout. De nombreux investissements ont été fait depuis les années 1970, et un retour en arrière ne serait pas raisonnable.

De nombreux pays nous envient : nous sommes autonomes et très peu émetteurs de CO2 en ce qui concerne notre approvisionnement électrique. Le nucléaire nous offre également une électricité peu chère que peu de gens seraient prêts à voir augmenter. La mauvaise réputation du nucléaire est partiellement infondée, et s’améliorerait sûrement si tout le monde avait tous les éléments en main pour se faire un avis.

Auteurs: Bastien BRANCHOUX, Esther CHAVET

Nous tenons à remercier Olivier DESCOUT, Alexandre B., Nathan GREINER et Romain L. pour leurs relectures et précisions.

Sources

¹ British PetroLeum

²  Marie-Christine W. KOOP, Rosalie VERMETTE, France at the dawn of the twenty-first century, trends and transformations. Summa publications, 2000.

³ Le fonctionnement d’une centrale nucléaire, EDF.

RADIATION EFFETS ET SOURCES. Programme des Nations Unies pour l’Environnement, 2016.

NUCLEAR POWER AND SUSTAINABLE DEVELOPMENT. International atomic energy agency, 2016.

⁶ S.M. Rashad, F.H. Hammad, Nuclear power and the environment: comparative assessment of environmental and health impacts of electricity-generating systems. ELSEVIER, 2000.

Les déchets radioactifs – Classification. ANDRA

Bilan des études sur l’entreposage.  ANDRA,  2012.

Projet Cigéo: Centre industriel de stockage réversible profond de déchets radioactifs en Meuse / Haute-Marne. CIGEO, 2018.

¹⁰ Les accidents dus aux rayonnements ionisants – le bilan sur un demi-siècle. IRSN, 2007.

¹¹ Sources and effects of ionizing radiation. UNSCAR, 2008.

¹² La santé des liquidateurs (décontaminateurs) 20 ans après l’explosion de Tchernobyl. 2006.

¹³ Les conséquences sanitaires de l’accident de Fukushima Bilan des études de surveillance sanitaire et des études épidémiologiques conduites chez les habitants de la préfecture de Fukushima Point de la situation en mars 2018. IRSN, 2018.

¹⁴ Martin Schlumberger et Amandine Berdelou, Le cancer de la thyroïde. La ligue contre le cancer, 2017. page 20

¹⁵ Hirschberg S., Spiekerman G. and Dones R, Severe accidents in the energy sector. Paul Schemer Institute, 1996.

¹⁶ Dave JONES, Julia HUSCHER, Lauri MYLLYVIRTA, Rosa GIERENS, Joanna FLISOWSKA, Kathrin GUTMANN, Darek URBANIAK, Sarah AZAU, European Policy Office, Europe’s dark cloud – How coal-burning countries are making their neighbours sick.  WWF European Policy Office, Sandbag, CAN Europe and HEAL in Brussels, 2016.

¹⁷ Chernobyl’s Legacy: Health, Environmental and Socio-Economic Impacts and Recommendations to the Governments of Belarus, the Russian Federation and Ukraine. The Chernobyl Forum, IAEA 2003-2005.

¹⁸ Jim T SMITH, Are passive smoking, air pollution and obesity a greater mortality risk than major radiation incidents? BMC Public Health, 2007.

¹⁹ L’organisation de la sûreté nucléaire – Les acteurs de la sûreté nucléaire. IRSN, 2009.

²⁰ Site Ma zone contrôlée dénonçant les problèmes liés à la sous-traitance nucléaire.

²¹ Christophe LAMFALUSSY, Que cherchaient les terroristes en espionnant le responsable du secteur nucléaire belge? LaLibre, 2016.

²² Sécurité nucléaire : des militants de Greenpeace s’introduisent dans la centrale de Cruas-Meysse. Le Monde, 2017.

²³ Pour connaître toutes les mesures sur la sécurité et sûreté nucléaire, l’AIEA publie chaque année des bilan sur le nucléaire  (celui de 2017).

²⁴ Uranium 2018 Resources, Production and Demand. Nuclear Energy Agency and International Atomic , 2019.

²⁵ Seko, Noriaki & Katakai, Akio & Hasegawa, Shin & Tamada, Masao & Kasai, Noboru & Takeda, Hayato & Sugo, Takanobu & Saito, Kyoichi, Aquaculture of Uranium in Seawater by a Fabric-Adsorbent Submerged System. Nuclear Technology – NUCL TECHNOL, 2003. p 274-278.

²⁶ Erich Schneider & Darshan Sachde, The Cost of Recovering Uranium from Seawater by a Braided Polymer Adsorbent System. Science & Global Security, 2013. p 134-163.

²⁷ Coûts des énergies renouvelables en France. ADEME, 2016.

²⁸ Jean-Marc JANCOVICI, Quel est le vrai coût de l’électricité? 2012.

²⁹ Centrales nucléaires au-delà de 40 ans. Les cahiers de l ASN, 2018.

6 commentaires sur “LA FRANCE DOIT-ELLE SORTIR DU NUCLÉAIRE ?

  1. Un détail de vocabulaire qui me semble important : vous parlez à plusieurs reprises de « ressources fossiles » pour évoquer des minerais (uranium, ou terres rares utilisées dans les energies renouvelables..). Ne faudrait-il pas mieux réserver ce terme aux ressources qui sont issues de la décomposition d’êtres vivants (pétrole charbon et gaz) ?

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  2. L’ eau étant responsable de 70% de l’effet de serre, et la quantité moyenne d’eau dans la troposphère étant liée à la température moyenne, son augmentation initiale étant due à l’importation d’ énergie par l’ Homme dans la biosphère, l’augmentation de l’eau dans la troposphère a une cause initiale anthropique, tout comme l’augmentation des GES. Leur augmentation anthropique ue une augmentation de l’ effet de serre, qui ferme la boucle amplificatrice avec l’eau comme principal élément mediateur. Le Nucléaire étant une énergie importée, c’est une ressource, qui, en plus d’ être non-éthique, dangereuse, au coût croissant, elle est aussi climaticide

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    1. L’évaporation d’eau est un phénomène tout à fait naturel, qui est majoritairement concentré dans les zones tropicales. J’aimerais avoir vos sources concernant l’augmentation de l’eau dans la troposphere, car j’aurais imaginé que la quantité d’eau contenue se régule naturellement du fait des précipitations etc…
      Aussi, vous avez raison sur le fait que l’eau est responsable en grande majorité de l’effet de serre, néanmoins, l’eau à toujours était présente en haute altitude et le restera. En conclusion, dire que l’énergie (et donc le nucléaire ici visé) est responsable d’un désastre climatique me semble pas très bien fondé. Je reste cependant ouvert à toutes sources scientifiques traitant le sujet.

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